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- DU CASSE élévation d'un Gascon sous Louis XIV -

 Notre  siècle  a gravement méconnu DU CASSE, à ne voir figurer son nom dans 
aucune des grandes batailles navales de la fin du  XVIIème siècle, qui sont  d'ailleurs  autant  de  défaites  ou  de victoires en trompe-l'oeil ;  l'on s'est contenté de  l'étiqueter comme chef de flibustiers  en  appoint  des  marins français  du  baron  de  POINTIS  lors  de  la  prise   de Carthagène des Indes (1697) ou encore comme  convoyeur  de fonds durant la guerre de Succession d'Espagne. Le  proto
cole  est  réducteur  et  se  démarque  singulièrement  du souvenir laissé par l'amiral parmi ses contemporains  ; ce  Béarnais, né probablement à Pau  vers...  1650,  est,  dès l'origine, victime d'un malentendu  volontairement  déposé par son biographe et parent, le  prétendu  baron  DUCASSE, sous la forme d'un  acte  de  naissance  selon  lequel  il aurait vu le jour à Saubusse en 1646, aurait  été  baptisé.

L'objet n'est pas de retracer les grandes  lignes  de ce destin atypique mais de souligner l'extrême variété des fonctions  et  des  talents  de  ce  personnage  dont   le parcours, comme le rappelait monsieur André  Lespagnol, a été un sans-faute presque parfait. Sa seule erreur,  qu'on ne peut d'évidence lui imputer, aura été  de  mourir trop  tôt.

DU CASSE est avant tout un excellent navigateur, l'un  des rares officiers généraux de son époque à maîtriser les sciences nautiques. Son expérience s'étend sur  l'ensemble du  théâtre  atlantique,  c'est  à  dire  qu'en  plus des bordures européennes, ses connaissances  des  côtes  africaines  et  américaines  lui  permettent  de  trancher en maître.  Chaque  traversée  augmente  le  crédit  dont  il dispose de la part du  Roi  Soleil  qui  se  borne  à  lui laisser  carte  blanche.

 DU  CASSE  trace  la  route  des  galions ; lui-même échappe à huit escadres anglaises.

Marin, DU CASSE est aussi un chef  de  guerre  et  le montre au Sénégal (1678),  à  Saint-Christophe  et  Saint-Martin (1690), à  la  Guadeloupe  (1691),  à  la  Jamaïque(1694), à  Carthagène  (1697),  lors  de  la  bataille de SAINTE-MARTHE (1702), où il tient  en  échec  une  escadre anglaise commandée  par  l'amiral  BENBOW,  supérieure  en nombre, et enfin  lors  de  Velez  Malaga  (1704)  où  son vaisseau, l'Intrépide, donne  l'exemple  du  feu  le  plus nourri dans ce classique combat en ligne de file.

Le Béarnais se  montre  habile  tacticien.  Par  deux fois, il ramène en Espagne un convoi d'argent  qui  permet aux Bourbon de se maintenir sur  le  trône  madrilène,  de conserver leur empire américain et de continuer la guerre. Les différentes  missions  dont  il  s'est  chargé  outre-Pyrénées - la signature de l'Asiento  n'est  que  la  plus connue des affaires négociées - en font  un  diplomate  de premier ordre qui a gagné la confiance de  leurs  Majestés Catholiques. Philippe V saura montrer sa reconnaissance en décorant son capitaine général de la Toison d'Or,  insigne honneur que peu d'Espagnols songeront à lui contester.

Il est, dans le cadre  d'une  société  de  généalogie antillaise, intéressant de revenir à l'aspect colonial  de
la carrière de l'amiral : longue parenthèse de dix  années(1691-1700)

 Son gouvernement à Saint-Domingue  se  révèle déterminant dans l'histoire de la Partie française.

Après OGERON, c'est DU CASSE qui place la colonie sur les  rails de la prospérité du siècle suivant. A son arrivée,  il  la trouve moribonde, dépeuplée notamment de ses forces vives, les flibustiers, en proie à des dissensions  qui  menacentde tourner à la révolte.

Les Espagnols viennent de ravager les quartiers du Nord, se promettent de revenir achever la 
tâche:  les  Anglais,   depuis   la   Jamaïque,   désirent s'attaquer aux quartiers de l'Ouest et s'y établir.
    

DU CASSE va utiliser la guerre, quand même Versailles cultiverait la parcimonie.  

Autoritaire  mais  juste,  ses vues   politiques   sont   ambitieuses   mais   réalistes.
Comprenant qu'il ne peut pousser la conquête au  reste  de l'île, il poursuit avec  ténacité  son  action  
dans  deux domaines : le commerce interdit avec l'Amérique espagnole, la mise en place de la culture de la canne  à  sucre.

 Les  Frères de la Côte sont l'instrument  de  son  calcul.  Ils ouvrent à nouveau les voies de l'interlope, raflent  à  la Jamaïque ou  troquent  à  Saint-Thomas  la  main  d'oeuvre servile.

L'expédition réalisée contre la  "Petite  Guinée"anglaise  a  pour  but  de  ramener  à  Saint-Domingue  le
matériel de sucrerie ; Carthagène fournira les  fonds ;  les colons de St-Christophe et de Ste-Croix, l'expérience.
Il faudrait, en définitive, rappeler que DU  CASSE  a su allier à sa carrière  maritime  une  réussite  

extraor-dinaire sur le plan financier et social,  sanctionnée  par une alliance avec les ROYE de  LA ROCHEFOUCAULD  et  donc avec  la  famille  ministérielle  des  PONTCHARTRAIN. 

 Ce destin, hors des sentiers battus, est unique sous l'Ancien Régime ; malgré l'éparpillement des archives, la  tâche  du  biographe ne pouvait qu'être passionnante.



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