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- Charles Filiger : le peintre aux outrages -

Charles Filiger est un peintre né à Thann en Alsace en 1863, et mort à Brest en 1928. Il fut le compagnon de Gauguin, à Pont-Aven et au Pouldu, où il vécut avec lui, en compagnie de Paul Sérusier et Jacob Meyer de Haan, dans la fameuse auberge de Marie Henry. Il fut également proche des Nabis, ces peintres d’inspiration symboliste rassemblés autour de Maurice Denis. Affilié au mouvement de la Rose-Croix catholique de Joséphin Péladan, Filiger est au carrefour de tendances esthétiques et spirituelles qui marquèrent le tournant du siècle.

Un petit nombre d’admirateurs parmi les historiens de l’art ont eu accès à son œuvre et s’en sont épris, par la filiation surréaliste, celle du mouvement Nabi ou celle de l’école de Pont-Aven. Des collectionneurs d’Amérique et de Suisse ont rassemblé une œuvre rare, que leur mort a de nouveau dispersée. Pourtant le mystère Filiger demeure, tout comme le pouvoir d’attraction de ses tableaux : paysages bretons stylisés, saints et saintes au regard absent, constructions géométriques aux limites de l’abstraction…

Peintre mystique pratiquant son art « à l’égal d’une religion, la plus belle de toutes, celle de l’âme»,  son existence est un désastre. Après avoir quitté sa famille de notables alsaciens pour devenir élève de l’Académie Colarossi à Paris, il choisit de s’exiler en Bretagne, à la suite d’une mystérieuse agression. Il y restera jusqu’à sa mort, exceptées quelques incursions dans la capitale et un séjour à Bâle. Les éléments biographiques dont nous disposons pour retracer son histoire tiennent pour l’essentiel à sa correspondance avec des personnalités littéraires comme Jules Bois et Alfred Jarry, des peintres comme Emile Schuffenecker, Armand Seguin, Roderick O’Conor, et surtout son frère Paul et sa nièce Anna. A travers ces lettres truffée de références musicales et philosophiques, l’homme se révèle comme un être malheureux et asocial, de santé fragile, insatisfait de sa vie, recherchant la solitude tout en souffrant de l’isolement. Les « idées noires » l’obsèdent, qu’il tente de fuir en déménageant de bourg en bourg entre Gouarec, Malestroit et Tregunc, d’hôtel minable en hospice, sans jamais trouver la paix intérieure. Il meurt d’une mort sordide à l’hôpital de Brest, avant d’être enterré dans une tombe sans nom au cimetière de Plougastel.

Et pourtant, loin de refléter ses tourments, l’œuvre qu’il édifie témoigne d’un combat acharné contre les forces obscures qui le tenaillent. Reclus dans son esprit malade, dans cette Bretagne qui l’accueille sans le comprendre, il poursuit une aventure créatrice solitaire et déconcertante, de plus en plus lumineuse au fur et à mesure que son existence s’assombrit. Filiger cherche et trouve la sérénité dans ses paysages, la pureté dans ses personnages, l’harmonie cosmique dans ses « notations chromatiques ».

Cet écart entre le mode de vie du peintre et un art qui affirme sa vocation mystique a inspiré le roman que je lui ai consacré. En évoquant la vie et l’œuvre de Filiger, peintre en quête d’amour et d’absolu « outragé » par une existence trop rude, je tenterai de partager avec les auditeurs de l’UTL de Quimper ce que j’ai pu deviner – ou imaginer – de ses souffrances et de ses victoires artistiques.

 



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